— Est-ce que tu crois qu’en te laissant mourir de faim l’injustice va cesser ?, Non


— Est-ce que tu crois qu’en te laissant mourir de faim l’injustice va cesser ?
Non. Personne ne croit ça. Mais ce qui nous ramène maintenant en Turquie, c’est la très longue, très sombre mémoire des opposants morts en grève de la faim. Durant les sept premières années du XXIe siècle, ils furent plus d’une centaine à mourir affamés, au terme d’un jeûne qui dépassait souvent les cent vingt jours. Je pense à Gulsuman Ada Donmez qui avait 38 ans, morte au 147ème jour à l’hôpital. S’il vous plait, regardez son visage. Elle était née en mai 1964, membre de l’Association pour l’entraide des parents de détenus. Elle jeûnait par solidarité envers son frère incarcéré, lui même «gréviste de la mort».
Et puis il y a Zehra et Djanan Kulaksiz qui étaient sœurs. Elles souriaient toutes les deux à l’approche de la mort, joyeuses et obstinées comme Nuriye peut l’être aujourd’hui. Djanan était la plus jeune, la première à mourir à l’âge de 19 ans, le 15 avril 2001, après 137 jours de jeûne. Zehra lui survivra un peu plus de deux mois et mourra à 22 ans, le 29 juin 2001, après 223 jours de grève de la faim. Je parle d’elles pour éviter que leurs noms ne s’effacent de nos pauvres mémoires. Pour empêcher que l’inoubliable sourire de Nuriye Gülmen ne vienne effacer les visages rayonnants des deux sœurs.
En affrontant un pouvoir impassible, Gusulman et Zehra, Djanan et Nuriye nous enseignent un art de vivre sans concessions. Elles nous apprennent à lutter contre une violence d’Etat qui semble aujourd’hui sans limites, et qu’il nous faut détruire si nous voulons vivre hors la loi des meurtriers.
‪#NuriyeAndSemihMustLive
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Frédéric Fredj
octobre 27, 2017

: Tristesse et colère…

Mireille Hurard-Le Fustec
octobre 27, 2017

Atroce.

Lu Pélieu
octobre 27, 2017

Tieri, j’ai regardé hier soir le Thema d’Arte à propos de la Turquie .. la voix aigre de Erfogan m’a glacée et le courage des opposants rappelé bien des combats hélas perdus auxquels j’ai un peu participé plus jeune. J’ai pensé à toi bien sûr et je dois te dire que j’ai passé une sale nuit, l’injustice insensée de l’emprisonnement de ces milliers d’innocents et la montée de cette dictature rappelle de sombres moments de l’histoire.

Tieri Briet
octobre 27, 2017

Pas encore vu ces documentaires que j’avais repérés. Je sais que la tradition des grèves de la faim en Turquie s’est inspirée de celles de Long Kesh. J’essaie de comprendre d’où vient leur courage et comment être davantage à leurs côtés.

Lu Pélieu
octobre 28, 2017

Leur courage m’épouvante, ainsi que m’épouvantait celui de Sand et ses compagnons. J’ai toujours pensé que l’odieuse Thatcher avait gagné en les laissant crever comme des chiens. J’ai peut-être et certainement tort de penser ainsi Tieri mais que va-t’il rester du supplice et de la perte de ces si jeunes vies ? .. toi tu es un rapporteur, n’y laisse pas ta vie. Tu témoigne, c’est déjà énorme.

Tieri Briet
octobre 27, 2017

En écrivant un texte sur le sujet, j’ai découvert ça que j’essaie de creuser : Cette lutte a pourtant une longue histoire en Turquie, qu’on peut tenter de raconter en remontant le temps. En 1996, à la prison de Bayram Pacha, une grève de la faim avait déjà fait douze morts quand sont intervenus trois écrivains, Yachar Kemal, Orhan Pamuk et Zulfi Livaneli, dont le travail de médiation a permis d’interrompre l’hécatombe annoncé. C’est une victoire qu’il faudrait raconter plus en détail. Les grévistes réclamaient la fermeture de la prison de haute sécurité d’Eskisehir.

Lu Pélieu
octobre 28, 2017

Toutes les sagas de ces luttes se rejoignent, tjrs contre la même oppression de quelque région qu’elle provienne .. parfois comme ce que tu narre ci-dessus une fin plus ou moins heureuse survient, mais tellement rarement. Depuis ma naissance j’ai pu constater que, mille fois hélas, les innocents meurent crucifiés alors que leurs bourreaux finissent leur vie au fond de leur lit et avec les honneurs (voir Pinochet, Thatcher etc)

Anne-Claire Tschudi
octobre 28, 2017

Je me dis que face à cette force brute de la dictature, il existe une force aussi puissante de résistance, vitale et qui ne peut que gagner à la fin. L’être humain n’est pas fait pour vivre sous l’oppression et sans liberté. Jamais. Ce début de vingt-et-unième siècle est né et grandit sous de biens sombres auspices, et dans tous les domaines.